Le 22 janvier 2019.

J’ai dormi à côté de toi toute la nuit pour notre dernière nuit ensemble. Le sol était froid et le réveil était difficile. Je n’ai pu dormir que trois heures à peine. J’avais peur de perdre une minute de plus avec toi. Je te vois, tu es tranquillement installé dans ton lit. Tu as dormi toute la nuit toi aussi. Ma mère et ma soeur préparent le petit déjeuner. Je n’ai pas faim. Je prends ta main, je te regarde. Je me lève et je te chuchote des mots à l’oreille. Je te fais toute sorte de promesses. Je te promets de réussir ma vie, de continuer mon régime et de prendre soin de ma famille pour toi. Ta main bouge? Non, c’est seulement maman qui remet ton drap. Tu as l’air tellement tranquille malgré toutes les machines qui t’entourent. Je déteste ses sons, c’est insupportable. Je te lâche un peu pour faire place à d’autres personnes qui veulent te parler. Tout le monde pleure autour de toi. Le soleil se lève, mais il fait très froid dans ta chambre.

Les médecins arrivent dans ta chambre. Le diagnostic tombe, tu ne pourras pas te réveiller. Je commence à te voir de plus en plus flou. Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive, je ne parviens quasiment plus à te voir. Je prends ta main, je touche ta peau encore chaude. J’aimerais te serrer fort dans mes bras mais toutes ces machines m’en empêchent. Les médecins nous conseillent de commencer à te dire au revoir. Je sais qu’ils vont repasser bientôt. Qu’est ce qu’on doit faire dans ces moments-là ? Je dois te faire des bisous ? Ou te dire des mots doux, les mots que tu veux entendre? Tu veux que je sois forte, je sais que tu veux que je sois forte. Tu as toujours été fort toi, le plus fort des papas. Les minutes ressemblent à des secondes. On n’aura pas tout le temps de te dire au revoir. Je veux rester avec toi, tout le temps avec toi.

 

Voilà le retour des médecins. J’ai peur. J’ai mal au ventre. Ils expliquent des choses, beaucoup de choses mais je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre. Ils touchent à ces machines. Empêche-les papa ! Tous les bruits des machines disparaissent. Le silence fait froid dans le dos. Je te regarde. Je serre ta main le plus fort possible. Je prie. J’ai encore espoir que tu vas te réveiller, que les miracles existent. Pourquoi les miracles ne pourraient pas exister? Je vois ton cœur, il bat si fort, tellement fort. Tu te bats mon papa, je vois que tu te bats. Tu es fort mon papa, je sais que tu peux y arriver mon papa. Ton beau teint rosé disparait. Tu deviens de plus en plus pâle. Je ne comprends pas. Je ne veux pas comprendre. Je prends ton pouls. Je ne sens plus rien mais je suis pas médecin, je ne sais pas prendre les pouls correctement moi. Y-a-t’il encore un espoir ? Je te fais un bisou sur le front. Tu es glacé papa. Papa, j’ai peur. Papa, aide-moi. Papa j’ai trop mal. Papa c’est pas possible, pas toi, tu étais le plus fort. Papa, j’ai trop mal, reviens. Je ne peux pas imaginer ma vie sans toi papa. Papa pourquoi toi ? Non papa je n’y crois pas. Papa, tu devais venir me voir jouer au théâtre. Papa, tu devais me voir faire une belle carrière. Papa, je voulais t’assurer une bonne retraite. Papa, c’est trop tôt. Papa, je t’en supplie reviens. Papa….

 

Les médecins reviennent une ultime fois pour nous annoncer qu’après deux ans de lutte contre cette maladie, ton combat se termine à midi.

 

A mon Papa, ton courage pendant ses deux ans a été la plus belle preuve d’amour que tu as pu nous donner. Je t’aime. Au revoir…

A. 

Ce post beaucoup plus personnel que les autres rend hommage à un homme qui s’est battu pendant deux ans pour sa famille. Je rends hommage à toutes ses personnes courageuses qui se battent tous les jours contre la maladie. J’ai vu la mort droit dans les yeux et cela a changé ma vision de la vie. 

44 réflexions sur “Tu n’es plus là …

  1. Bonjour, c’est la gorge serrée et les larmes aux yeux que j’ai lu ton au-revoir à ton Papa, c’est terriblement beau mais si triste. Je t’admire, toi tu as eu le courage de rester jusqu’au bout, ce que je n’ai pas eu le courage de faire et des années après , je me le reproche encore. Amicales pensées MTH

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  2. Ton texte m’a profondément touché. Je salue ton courage face à cette épreuve, celui de ton papa aussi qui a combattu cette maladie affreuse de toutes ces forces.. J’ai perdu ma grand mère maternelle dont j’étais si proche, il y a quatre ans.. en janvier 2015, le 25.. un cancer. Ce que tu écris est juste la vérité, c’est beau et cela peut aider d’autres personnes qui se battent contre le cancer. Il veillera sur toi de là haut. Amicales pensées. Frédéric.

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  3. Les mots que vous avez écrits sont une musique silencieuse qui monte vers le ciel étoilé pour bercer le sommeil de celui qui est là-haut. Ne cherchez pas l’étoile la plus brillante, mais celle qui ne s’éteindra jamais tant que vous la regarderez…

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  4. Je suis passé par là ce sont des moments très difficiles à vivre tristesse dans ton cœur mais ton papa sera toujours à tes cotés

    Bonjour mon Ami ou Amie
    Il y a des mots que l’on écrit sur une feuille de papier
    Comme enchantement la feuille se remplie
    Il y a aussi des mots que l’on tape sur son clavier
    C’est, ces émotions que je te fais partager
    Car se sont des mots d’Amitié avec du bonheur
    Passe une Bonne et agréable journée
    Une belle fête de Pâques à venir avec ta famille
    Gros bisous
    Bernard

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  5. Comme tu es passée me lire, j’ai cliqué chez toi, sur ce billet intime qui te permettra sûrement d’avancer… autrement.
    Le départ de ses parents est une épreuve difficile surtout quand on est jeune.
    Je partage ta peine et t’envoie des pensées de réconfort.
    Bises de Lyon

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  6. Je ne peux pas rester sans te laisser un message, je comprends tant tes mots.
    Cet article fait comme un écho à mon cœur blessé…
    J’essaye de transformer chaque jour mon chagrin et mes larmes en une force qui me transporte au delà des montagnes. ☺
    Il sera toujours là en toi pour t’aider, t’épauler, sécher tes larmes, te donner le sourire, n’oublies jamais cela. ☺

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  7. Bel écrit rempli d’émotions qui m’a fait revivre la mort de mon papa. Je pense à lui souvent et il me manque. Les années allègent la peine, mais on oublie jamais. Bonne courage!
    Merci d’avoir visité mon blog de poésie. Amitiés

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